Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LA COLOMBIERE

LA COLOMBIERE

ou l'Art de s'emmêler les pinceaux entre Atelier et Vie de famille

Quand tout a commencé...

Quand j'étais petite, j'ai très rapidement eu droit à toute une panoplie de définitions sur ce que j'étais. Probablement comme vous je suppose.

Celle qui revenait toujours, c'était que j'étais "susceptible". Je le suis toujours d'ailleurs, en plus d'autres pas toujours très agréables à entendre.

J'étais "susceptible" parce que je me mettais à bouder "pour un rien" et que je n'aimais pas qu'on me fasse des reproches, qu'on me dise que ce que j'avais fait n'était pas bien, pas beau, pas assez, ou trop. J'avais vite compris que "pleurer ne servait à rien" alors "bouder" me semblait être le mieux que je pouvais faire pour parvenir à me retenir de pleurer.

J'ai beaucoup pleuré, en secret et en silence, parce que ça ne servait pas à grand chose, c'est vrai.

Puis j'ai grandi, essayant de rentrer tant bien que mal dans le "moule". Pas franchement attirée par tous les plaisirs de mon âge, préférant le calme, la solitude et le silence. J'aimai beaucoup "bricoler", dessiner et peindre. Mais je n'avais pas toujours les moyens d'acheter le matériel, tout le monde me disait que ce n'était pas un métier alors, toujours très raisonnable et soucieuse de bien faire, j'ai laissé tomber.

Mais j'étais de plus en plus "susceptible", "émotionellement instable" et particulièrement "difficile à vivre". En bref, j'ai sale caractère.

Je me suis retrouvée maman un peu par hasard, sans avoir rien planifié, et j'ai eu quatre enfants. Une vraie tribu que la vie a encore agrandi lorsque j'ai rencontré mon mari qui lui aussi a deux enfants. Les puristes diront que nous ne sommes pas une vraie famille puisque nous vivons en garde alternée, mais la réalité est bien là : malgré notre choix de garde, qui se fait sur la semaine pour nous, j'ai tout le temps les enfants avec moi car je ne travaille pas, ce qui me permet de leur éviter cantine et garderie. Leur papa et moi faisons des économies et les enfants ont suffisamment souffert du divorce de leurs parents sans en rajouter une couche avec des horaires surchargés et un rythme de vie pas très top.

J'ai donc sacrifié ma vie professionnelle pour mes enfants et je ne leur en veux pas parce que ma vie professionnelle, elle ne valait pas un clou. J'étais toujours frustrée, supportant difficilement une autorité pas toujours brillante à mes yeux, encaissant tant bien que mal l'hypocrisie de tout ce petit monde et surtout, une vraie éponge, qui absorbait tout, le bien comme le mal, et qui a commencé à tomber malade de plus en plus souvent et de plus en plus gravement. J'ai fini par attraper un truc bizarre qu'on appelle "vertiges de Mégnières" et qui m'a contraint à l'immobilisation pendant un sacré bout de temps.

On disait de moi que, en plus d'être susceptible, j'étais "soupe au lait" et trop "empathique". On disait maintenant que j'étais hypocondriaque et que ma maladie n'était qu'un prétexte pour ne pas aller bosser, vu que même les médecins ne comprenaient pas d'où ça venait.

Je me suis mise à la peinture pour sortir ce trop plein, et ça m'a plutôt réussie. En plus de plaire aux gens, cela m'a permis d'aller vers eux plus calme et plus sûre de moi, sans animosité et sans enjeux. Cela était très important à mes yeux. Mais ma vie privée n'était pas au top, et j'ai divorcé d'avec le père de mes enfants, pour des tas de raisons qui ne regardent que nous et qui au final m'ont forcé à prendre des décisions que je n'aurai jamais cru être capable de prendre.

Tout allait pour le mieux me direz vous.

J'avais un nouvel amoureux dans ma vie, j'avais emménagé dans sa jolie maison, un pavillon de lotissement à deux pas de l'école des enfants, les enfants se faisaient plutôt bien à leur nouvelle vie, tout allait bien jusqu'à ce que...

Jusqu'à ce que je découvre que la maison était en fait entourée de plein de gens, beaucoup de gens, beaucoup trop de gens : entre l'école, l'église, la mairie, le cimetière, le skate parc, les immeubles autour, le lotissement, j'allais découvrir en quelques mois que le bruit était entré dans ma vie, en défonçant tout sur son passage, à commencer par mon équilibre mental, et qu'à partir de ce moment là, je ne serais plus jamais la même, et que la paria que j'étais enfant n'avait pas disparu, bien au contraire...

Le bruit est incessant autour de nous pour qui ne le supporte pas.

Je ne me défendrais pas ici de ne pas supporter le bruit, c'est un fait, c'est tout, et même si beaucoup ne le comprenne pas, me regarde comme si j'étais une folle, j'ai fini par accepter le fait que j'étais différente et que, à mon tour, j'étais consternée pour ceux qui refusent de le comprendre. Mais je n'ai plus à m'en excuser.

Je suis en souffrance du matin au soir et du soir au matin car, malgré le fait que j'habite "à la campagne", il semblerait qu'ici, aucune loi et aucune règle ne s'appliquent, hormis celle du "j'ai le droit de".

C'est ainsi qu'on a le droit de passer la tondeuses à 21 heures du soir, ainsi que le dimanche à 13 heures, qu'on a le droit d'aller au cimetière à 22 heures et discuter sur le parking comme en plein jour, qu'on a le droit d'écouter de la musique très fort quand on joue au ballon sur le terrain de sport, et qu'on a le droit de monter le son de sa sono embarquée à toute heure du jour et de la nuit. Je vous passe le bruit quasi permanent de la PAC du voisin (pour la pisicine bien sûre, c'est tellement utile), les scooters et autres moto cross qui font des concours de vitesse dans la rue et les réunions alcoolisées des jeunes la nuit sous mes fenêtres.

Après un moment d'incrédulité complète, à me demander où j'étais bien tombée, après avoir discuté, tenté le dialogue, abordé les questions qui fâchent, hurler, tempêter, menacer, expliquer, négocier, j'ai vite compris que je n'arriverai jamais à rien. C'est comme ça.

Même les lois qui pourtant sont en ma faveur ne peuvent pas m'aider. Car pour cela, il faudrait trouver quelqu'un de compétent pour les appliquer. Les gendarmes ? j'ai abandonné, car ils finissaient par m'accuser de le faire exprès et de ne rien supporter. Le maire ? il n'y a que nous qui osons nous plaindre donc il n'y a pas de problème. Les parents des jeunes incréminés ? c'est moi qui suis une sorcière, qui ne supporte rien et leurs enfants ont LE DROIT de s'amuser.

Je n'ai qu'à déménager si je ne supporte pas le bruit, et pis d'abord, il y en a partout du bruit, alors je n'ai qu'à m'adapter mais surtout il faut que je la ferme.

Je vous passe les insultes, les tentatives d'intimidation et les menaces à peine déguisées, qui heureusement, à ce jour, n'ont jamais abouti sur la moindre représaille, mais quand même. C'est nerveusement fatiguant et usant.

De mon côté, j'ai investi toutes mes économies pour changer les fenêtres de ma maison, mais ça ne suffit pas toujours. Je dors avec des bouchons anti bruit faits sur mesure et je jardine avec un casque anti bruit. Cela n'émeut personne, qu'on soit clair.

Je suis folle, il faut que je me fasse soigner (j'aimerai bien !) et j'en arrive à souhaiter devenir sourde, pour ne plus jamais rien entendre. Je pleure en pensant que, sourde, je n'entendrai plus jamais la voix de mes enfants, le chant des oiseaux et le bruissement du vent dans les arbres, mais c'est comme ça. C'est à moi de payer un lourd tribu pour pouvoir reprendre un peu le contrôle de ma vie.

Et j'ai arrêté de peindre. Car je ne pouvais plus me concentrer, trouver en moi cette lueur qui me permettait de faire jaillir mes émotions sur la toile. Mon entreprise est au point mort et il y a bien longtemps que je ne gagne plus ma vie. Mais cela n'a d'importance aux yeux de personne.

Qui s'en soucie ?

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article