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LA COLOMBIERE

LA COLOMBIERE

ou l'Art de s'emmêler les pinceaux entre Atelier et Vie de famille

Les Poyas savoyardes...

... ou ce que la tradition a de plus beau

J'ai commencé à peindre des poyas il y a déjà plusieurs années de cela. Pour tout vous dire, ce sont même elles qui m'ont poussées vers mes premières expositions publiques puis qui m'ont aidée à passer le cap de la création d'entreprise.

Depuis j'ai bien évolué, certes, j'ai carrément pris des chemins de traverses !

Mais je n'oublie pas mes planches de bois brut et mes motifs savoyards.

Au fil du temps, j'ai eu le temps d'affiner ma vision et de me faire mon opinion sur le sujet.

... ou pas !

Je n'irais pas par quatre chemins, pour une fois. Aujourd'hui, à part de rares exceptions d'oeuvres réalisées par des artistes traditionnels de grand talent, tout ce que l'on trouve sur le marché ne sont que des copies, des reproductions certes à la main mais copies quand même, de tout ce que l'on peut trouver dans le fond traditionnel conservé par les musées, notamment ceux de Gruyère, en Suisse.

Ou provenant de livres spécialisés, ou encore les expositions annuelles...

J'ai tout entendu sur le sujet, mais loin de moi l'idée de vous faire un cours magistral. Je veux juste vous dire ce que j'en pense : j'ai toujours été outrée et je continuerais de l'être, d'entendre des "artistes" justifier le prix exorbitant de leurs oeuvres, sous prétexte qu'ils y ont passé "des heures, allant parfois jusqu'à 400  heures de travail (!)" sur une... simple copie.

Il n'y a bien toujours que les touristes pour être dupes, c'est pas possible !

Et encore, même eux commencent à les trouver louches, ces pratiques. Surtout quand ils sont persuadés d'acheter une oeuvre unique à ce tarif là, et que, à peine éloignés du stand, "l'artiste" en ressort une autre de sous sa table, tout aussi "unique" parce que faite à la main mais qui ressemble étrangement comme une jumelle à la première... à part la couleur du cadre, bien sûr.

J'ai même eu dit haut et fort, au risque de me faire lyncher, qu'il coûtait bien moins cher que de commander un poster imprimé au musé du coin et qu'en plus, ça ferait une bonne action, et permettrait de payer le guide !

Encore une fois, je ne remets nullement en cause le talent et la crédibilité de mes collègues artistes renommés qui peignent des poyas magnifiquement ouvragées, avec des détails somptueux et dont le prix est largement justifié.

Eux contribuent à nourrir la tradition, et ça, c'est ce que j'aime, c'est ce que je trouve beau.

L'art en Savoie

La Savoie de par son histoire un brin mouvementé, de ses différentes appartenances géographiques au fil du temps, a toujours su garder une ligne de conduite : celle de la religion.

Et de ce fait, on retrouve beaucoup d'oeuvres artistiques à vocation religieuse et les poyas, bien qu'ayant une toute autre utilité purement matérielle à la base, n'ont pas échappé au côté sacré que toute oeuvre de l'époque se devait de faire apparaître.

C'est donc pour cela qu'on retrouve beaucoup de symbolismes religieux dans les Poyas, une espèce de langage codé que tout le monde à l'époque comprenait, même si tout le monde ne savait pas lire.

Loin de moi encore une fois l'idée de faire un cours, je ne suis pas là pour ça et si l'histoire vous intéresse, vous trouverez toutes sortes d'articles bien plus intéressants et mieux fait que le mien sur le net !

Mais pour comprendre les poyas, bien qu'il s'agissait d'oeuvres "populaires et rustiques", il faut comprendre à quel point la religion occupait une place prépondérante à l'époque.

A l'occasion, je pense que je ferais un nouvel article sur ce que je sais des symboles utilisées dans mes poyas en particuliers, et dans l'art savoyard en général.

Une poya, qu'est ce que c'est à la base ?

A l'origine, une poya n'était jamais rien d'autre qu'un... inventaire !

C'était le moyen pour les agriculteurs un tout petit plus fortunés que les autres de montrer leur patrimoine et d'exposer leur cheptel.

L'idée, c'était de dire aux autres : "ma grange est bien garnie, elle comporte tant de têtes de bétails, regardez et admirez !"

Et comme la plupart des gens ne savaient pas lire, et bien, on faisait des dessins...

C'est pour cela que la plupart des poyas les plus anciennes n'ont pas été peintes sur des planches (et encore moins des toiles !!!) mais sur des poutres de grange.

Aujourd'hui, on les expose également sur les frontons des chalets dans les Alpes et j'ai moi même réalisé quelques poyas qui ont servi à cela.

Photo wikipedia

Ce qui les rend aujourd'hui très difficiles à retrouver, à sauver et à restaurer. Les granges ont été petit à petit détruites ou restaurées sans prendre soin des "fresques", ou elles ont tout simplement disparu avec le temps, car les moyens de conservation (vernis et autres) n'existaient pas à l'époque.

Les musées font un travail de recensement et de sauvegarde extraordinaire, ça me met d'autant plus en pétard quand je vois qu'on les "pompe" sans aucun état d'âme, et juste pour faire du profit personnel.

Ce n'est que vers 1900 qu'un artiste amateur, Sylvestre Pidoux commence à peindre des troupeaux sur des feuilles de papier, le soir sur la table de sa cuisine, et que ces "petites toiles", faciles à transporter, émigrent jusqu'à Paris grâce aux premiers touristes.

C'est ainsi que les poyas commenceront à être connues en dehors des Alpes.

Et aussi comment les poyas sont descendues des frontons des maisons alpines en bois pour entrer dans les beaux salons en tant qu'oeuvres "naïves et populaires".

Leur succès ne devait plus faiblir !

Puis avec le temps, les Poyas sont devenues des tableaux montrant des scènes d'alpage, notamment la fameuse "Montée aux Alpages", ou encore, la descente, plus festive encore, avec les célèbres vaches "reines" décorées de fleurs et de pompons,  "Le Retour des Alpages"...

 

Mes Poyas savoyardes : revendiquer mon identité

Le fait d'être une native de la région "pure souche" ne m'autorise pas plus que qu'un autre artiste à revendiquer le statut "légitime" de la création savoyarde, heureusement !

Je ne me le permettrais d'ailleurs pas.

Mais j'estime tout de même avoir ce petit droit d'ainesse, celui qui m'autorise à me pencher sur le passé de mes ancêtres, celui qui me pousse, tant par curiosité qu'affection, à regarder d'un oeil plus avisé les pratiques artistiques des gens de ma région que j'aime tant.

Très rapidement, j'ai eu envie de mettre "ma" touche savoyarde sur l'édifice. J'aime la peinture naïve dans un premier temps. C'est le seul mouvement de peinture que j'ai étudié presque "scientifiquement", le reste me barbe en général.

Et puis rappelez-vous : je n'ai pas fait d'études d'art !

J'ai eu envie de peindre des poyas à mon tour, mais je voulais comprendre ce que je faisais. Pas question de faire de la copie, en ce qui me concerne.

J'ai donc décidé de revenir aux "premières réalités" du mouvement à savoir l'inventaire. Cette partie là de l'histoire me plaisait vraiment. La suite, trop commerciale à mon goût, ne collait pas avec l'idée que j'en avais.

J'ai simplifié à l'extrême mes oeuvres. J'ai conservé le bois comme matériau de travail, et même si j'ai depuis tenté quelques reproductions sur toile, j'avoue, je reviens toujours à ce matériau quand je veux créer des poyas. Puis j'ai fixé une bonne fois pour toute mon "modèle" de vache.

Une chose avait attiré mon attention : aujourd'hui, les troupeaux se ressemblent tous. Pour des histoires de rendement, les éleveurs ont tellement fait de sélection génétique que, dans un troupeau, toutes les vaches sont identiques.

Mais pas à l'époque ! Les troupeaux étaient constitués de bêtes de toute provenance, et on voyait ensuite "sur le tas" ce qui en ressortait côté production, résistance, reproduction, etc.

Alors j'ai voulu avoir une forme "identique" pour ensuite travailler chaque robe, chaque détail de façon "unique" : c'est ainsi que mes vaches ont toute un air de famille mais des détails qui leur sont propres, que ce soit la couleur de la robe, les taches, les broderies du collier en cuir...

Puis j'ai étudié les cadres : un ajout qui est venu tardivement dans les oeuvres, probablement pour leur donner un peu plus d'esthétisme. Travailler sur des cadres à plusieurs niveaux me permettait d'y insérer tous les petits symboles chers à la tradition. De faire "passer" des informations subliminales d'ordre religieux, un peu tombé en désuétude, pour de la "décoration traditionnelle"...

Voilà comment j'ai réfléchi, conçu et créé mes propres poyas.

Aujourd'hui, au milieu de toutes les oeuvres recensées sur internet, mes poyas sont uniques. On les reconnaît au premier coup d'oeil et pour une fois, mes oeuvres ne sont pas copiables.

Les poyas de la Colombière ont leur propre identité et c'est ce que je voulais au délà de tout.

Mes "collègues" artistes spécialisés se moquent un peu de moi, disant que j'ai trop simplifié à l'extrême le procédé, mais d'un autre côté, mes oeuvres se vendent facilement, elles, car je n'ai pas pour prétention d'afficher des tarifs prohibitifs. Certes, je passe moins d'heures qu'eux à travailler ! Juste une petite "vingtaine d'heures" : rien du tout à comparer avec les centaines d'heures qu'ils revendiquent !

L'essentiel pour moi est préservé : être revenu au source même de l'art naïf qu'étaient les premières poyas, simples mais efficaces, qui faisaient passer leur message facilement auprès de tous.

Et comme je le dis souvent pour finir : mon plaisir n'est pas calculé en nombre d'heures et je ne sais pas pour vous, mais moi, quand c'est trop long, ça me gave au plus haut point !

Bienvenue dans mon Mazot savoyard !

Toutes les oeuvres que je vous présente ont été vendues à ce jour et j'avoue que je ne travaille plus que de manière ponctuelle, uniquement sur commande.

Mais je pourrais peut être changer d'avis d'ici la fin de l'année, si l'un des contacts noué en fin d'année dernière lors d'une exposition mène bien à l'endroit que j'espère, mais j'aurais bien l'occasion de vous en reparler si la chose devait se faire.

Contactez moi pour plus d'informations, car je n'ai plus tous les détails en tête.

D'une manière générale, mes poyas sont réalisées sur du bois, de dimensions assez semblables (sauf demande particulière) : 20/30 x 50/60 minimum.

Elles sont ensuite vernies en trois ou quatre couches très résistantes pour pouvoir être exposées en extérieur (même si je ne le recommande pas !).

Les couleurs sont souvent très "savoyardes" : noir - rouge- vert et bleu sombres. Pour le tarif, il est en général de l'ordre de 50 euros pour une réalisation. Mais le prix varie en fonction de la taille.

Enfin, je n'ai plus vraiment accès à des stocks de bois très intéressants, donc si vous avez une envie de poya et surtout, un morceau de bois dans vos stocks qui pourrait faire l'affaire, il sera toujours possible de s'entendre au final !

A très bientôt pour d'autres créations !

Amicalement,

Isa

PS : mon plus beau souvenir ?

une très grosse commande de quatre oeuvres personnalisées, avec des vaches Vosgiennes, c'était un impératif.

Et pour que je réussisse au mieux ma mission, mon client m'avait même fait parvenir un petit livre parlant de ces vaches très peu connues.

Une belle rencontre...

(Désolée pour la qualité des photos mais à l'époque... les appareils photo numériques n'existaient pas et je ne vous explique même pas ce que j'ai dû bidouiller pour arriver à les faire apparaître ici sur le blog !!!)

EDIT du 26/03/2019 : en travaillant sur un autre article concernant le symbolisme présent sur les poya traditionnelles, j'ai trouvé un passage très intéressant que je me permet d'insérer ici, histoire d'être encore plus claire une bonne fois pour toutes sur ce que je pense des pratiques de certains "artistes"... il s'agit d'un extrait du règlement du Musée Gruérien à la Bulle (CH) où sont conservées les plus belles oeuvres.

Voilà voilà...ça, c'est dit !

"Droits d’utilisation Les reproductions et photographies des fonds du Musée gruérien sont exclusivement destinées à un usage privé. En cas d’usage ultérieur, de publication ou de transmission à des tiers, il convient d'informer préalablement le Musée gruérien. L’utilisation commerciale est payante. Un arrangement peut être trouvé sous forme d’exemplaires justificatifs."

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