ou l'Art de s'emmêler les pinceaux entre Atelier et Vie de famille
23 Novembre 2020
Travailler sur des articles comme "Généralités sur les couleurs" ou "la psychologie des couleurs" m'a demandé beaucoup de recherches, au cours desquelles j'ai pu affiner voire découvrir de nouvelles choses, des techniques ou des artistes peintres que je ne connaissais pas.
En étudiant plus en détails les techniques d'utilisation des contrastes de couleurs dans la peinture, j'ai réalisé que j'étais loin mais alors très loin, d'avoir autant de technicité et d'intuition que je ne le pensais.
En réalité, j'ai tout faux depuis pas mal de temps déjà, et ce n'est pas faute à mon intuition voire à ma "petite voix intérieure" qui essayent depuis des semaines de me faire passer un message.
Le message qui est le suivant : "tes peintures manquent de quelque chose !".
Voilà, le mot est lâché et il y en a d'autres : creux, vides, plats, intéressants mais incomplets, sans contrastes.
Le contraste ! Mais oui mais c'est bien sûr ! Ce que j'appelle moi, dans mon jargon très personnel d'auto-didacte "les incidents visuels", le petit truc, voire le gros truc qui créé la vraie personnalité du tableau.
Et cela fait des semaines, si ce n'est des mois, que je ne parviens plus à trouver ce truc en plus, impossible d'avoir le déclic.
Jusqu'à ce que je tombe sur un article passionnant intitulé "les couleurs et les contrastes". Mais comment ai-je fait jusqu'à présent pour peindre ???
Bien sûr que si j'avais fait une école de Beaux Arts, j'aurai un jour ou l'autre étudier cette variante.
Mais dans mon petit coin à moi, c'était pas évident de mettre le pied dedans. Surtout que j'étais partie d'un apriori idiot qui était que, en faisant de la peinture abstraite, je pouvais m'affranchir de toutes les règles de base en matière de techniques de peinture classique.
Si ça, c'est pas de la bêtise... mais bon, vu qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, et que je suis beaucoup de choses, mais pas imbécile (enfin... je l'espère !), il était grand temps que je remédie à tout ça.
De toutes manières, c'est la suite de ma carrière qui en dépend, et si ce n'est pas d'elle qu'il s'agit, ce sera de mon profond ennui par rapport à ce que je fais actuellement en peinture, à savoir... du mauvais boulot.
Et quand je ne suis pas un minimum satisfaite de mon travail, le reste ne suit plus du tout, ça ne fonctionne plus, ça part dans tous les sens et je finis par me lasser et me détourner de mes créations.
Puisque je n'ai pas pu aller à l'école, c'est l'école qui viendra à moi ! Mon outils magique qu'est internet m'ouvre les portes du savoir et si pour certains, ça semble basique, pour moi qui n'étais pas au courant, c'est comme si la lumière venait de s'allumer. C'est vous dire la puissance de ma découverte...
C'était logique, tout de même, cette histoire de contrastes... Je me rappelle les quelques cours de dessin que j'avais réussi à prendre en option au lycée, bien que je n'étais pas en section artistique, au cours desquels mon prof d'arts plastiques n'arrêtait pas de nous dire : contrastes !
D'un autre côté, la fois où j'ai accentué le truc, j'ai eu une mauvaise note parce que ma chauve souris "décollait" trop sur mon clair de lune. Je me comprends !
Mon professeur étant bien loin maintenant, il a bien fallu que je me débrouille toute seule.
J'ai découvert que j'utilisais peu les techniques de contrastes. D'où le fait que certaines de mes toiles ne soient rien d'autres que des catastrophes sur canva....
C'est clair, c'est en étudiant les grands maîtres que je progresserais dans mon art, quel qu'il soit.
Malgré mon absence de diplômes, j'ai quand même un peu de culture générale et il va sans dire que je connais un peu le domaine artistique. Oh, pas grand chose, les classiques, quoi. Je sais reconnaître les toiles les plus connues, et citer le nom de l'artiste qui l'a peint. En général.
Par contre, les dates et moi, ça fait trois...
Quant à nommer les courants artistiques, il y en a certains que je maîtrise (à peu près) mais il y en a d'autres qui me sont parfaitement étrangers. Et j'ai souvent beaucoup de mal à nommer les peintres fondateurs de ces mouvements.
Mais je sais ce que j'aime ! Et sans aller jusqu'à me transformer en peintre figuratif (je ne saurais tout simplement toujours pas comment faire, vu mes piètres talents en dessin !), il y a des courants vers lesquels j'aimerai tendre, à ma manière.
Clairement, ce sont les techniques picturales du XIXème siècle qui m'attirent le plus. J'ai une tendance naturelle à aller vers l'impressionnisme et le pointillisme, tout en admirant carrément le fauvisme...
Le Fauvisme, qu'est ce que c'est ? Je vais pas vous faire un cours, si vous êtes intéressé(e), vous trouverez votre bonheur chez Google, comme d'habitude.
Le tableau "Impression" de Claude Monet est le premier tableau "impressionniste" du peintre, et dont le titre donnera plus tard le nom au mouvement : l'impressionnisme.
Juste pour situer la chose, le Fauvisme découle plus ou moins directement de l'impressionnisme et du pointillisme. C'est un petit mouvement qui ne dura que 7 ans (de 1903 à 1910) mais qui devait transformer à jamais la manière dont les peintres allaient appréhender la couleur, les formes et la lumière sur une toile.
Claude Monet est le leader incontesté de l'Impressionnisme avec ses contemporains comme Paul Cézanne, Vincent Van Gogh ou encore le sculpteur de génie, Auguste Rodin ou encore le grand Paul Gauguin (nan, c'est pas lui mon préféré !!!).
Le génie de l'impressionnisme, c'est l'emploi systématique des contrastes, tout en subtilité, ou encore l'utilisation des couleurs complémentaires pour donner une impression de profondeur... leur préoccupation était de fixer une vision fugitive de la réalité changeante, en révolutionnant la technique picturale, avec la juxtaposition des couleurs. Ce n'était plus le dessin et le contour qui donnaient formes et volumes aux choses mais la juxtaposition de touches de couleurs.
On a démontré récemment que sur l'une de ses toiles les plus connues, "le Bassin aux Nymphéas", Claude Monet aura appliqué près de 70 000 touches de couleurs au mètre carré ! Quant à Gauguin, il préférait les grands aplats de couleurs plus que les touches.
Dans leur procédé de touches de couleurs, les impressionnistes appliquent le principe de la division des tons. Ils mettent en application la loi émise par le chimiste Michel-Eugène Chevreul qui, dans son essai de 1839, "De la loi du contraste simultané des couleurs" précisait que ce n'était plus un moyen chimique mais un effet d'optique qui donnait à une couleur voisine d'une autre une nuance complémentaire dans le ton.
La juxtaposition des couleurs sur la toile est retranscrite par l'oeil du spectateur en un mélange optique : deux ou plusieurs couleurs distinctes sont perçues simultanément par l'oeil humain comme étant une nouvelle couleur.
Le vert résulte alors du voisinage d'un bleu et d'un jaune, l'orange, de la juxtaposition d'un rouge et d'un jaune...
En poussant plus loin ce "divisionnisme" de la couleur, en faisant des touches de couleurs de plus en plus petites, on arrivera au pointillisme un peu plus tard...
Les artistes fondateurs du Fauvisme maîtrisaient bien entendu ces techniques et dans leurs premiers essais, on retrouve nettement (enfin, les spécialistes, hein, pas moi !) cette hésitation entre grands aplats de couleur et petites touches colorées.
Henri Matisse, grand admirateur de Paul Signac (pointillisme) juxtapose ses couleurs sans les mélanger, leur donnant ainsi un éclat et une luminosité toute nouvelle dans la peinture. Puis il accentue encore les couleurs, allant toujours plus loin, sans pourtant jamais aller aussi loin que André Derain, mon préféré, celui qui poussera les couleurs jusqu'à leur paroxysme, surprenant tout le monde, y compris ses amis et collègues artistes du mouvement.
Ce mouvement se voudra être la revanche forte des couleurs, des lumières et du plein air. C'est cette débauche de couleurs pures, des formes simplifiées, des perspectives abolies et des ombres supprimées qui choqueront le public de l'époque et susciteront des réactions épidermiques chez les critiques qui qualifieront ce style de "fumisterie, scandale, démence, ignorance". Parce qu'au milieu de la collection trônait un buste d'inspiration florentine et donc conforme aux canons esthétiques de l'époque qu'un critique intitulera son article "Donatello au milieu des Fauves" que le mouvement sera nommé "Fauvisme".
Si je ne devais dire qu'une seule chose au sujet du Fauvisme, ce serait : un choix arbitraire des couleurs.
Pour moi, plasticienne abstraite, ce choix est primordial, il est déterminant dans mes choix lorsque je décide de peindre une nouvelle toile. Et là, j'ai découvert un univers coloré à souhait, qui a fait exploser les règles et les standards comme jamais, et qui m'ouvre des perspectives insoupçonnées.
Sans parler du fait qu'à l'époque, il a fait un joli scandale, ce qui n'est pas fait pour me déplaire !
Le mouvement s'épuisera tout seul, parce que les membres se sont séparés pour continuer leurs carrières respectives chacun de leur côté mais je reste persuadée qu'il a été la porte d'ouverture vers des tas d'autres styles de peinture qui n'auraient peut être pas vu le jour sans le Fauvisme...

Les couleurs utilisées par le peintre André Derain me fascinent. On pourrait croire ces oeuvres dignes de celles d'un fou, ce pour quoi il passait d'ailleurs à l'époque, alors qu'il maîtrisait à la perfection les contrastes de couleurs et les notions de complémentarités. J'ai pris une grande claque visuelle en regardant ces tableaux que je ne connaissais pas.
Toute sa vie, il sera plongé dans le dilemme et reviendra à la fin de sa carrière à des oeuvres plus académiques. Quel dommage, je pense, mais il faut remettre les choses dans leur contexte historique et je peux comprendre qu'à un moment donné, il n'ait été très fatigué de se battre et de lutter contre tout le monde.
Il avait coutume de dire une chose qui me parle beaucoup, étant donné mon statut d'autodidacte, souvent ignorée, parfois raillée et méprisée :
"Le grand danger pour l'Art, c'est l'excès de culture"
Je pense que je vais moi aussi m'approprier ce dicton et en faire mon étendard.
A bientôt,
amicalement,
Isa
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