ou l'Art de s'emmêler les pinceaux entre Atelier et Vie de famille
28 Juin 2018
Bonjour à tous,
aujourd'hui j'avais envie de partager avec vous un petit secret qui fait partie de ma vie depuis pas mal de temps déjà, et dans lequel je suis tombée, allez savoir pourquoi et comment, vu que je suis la seule dans ma famille à avoir cette passion : l'élevage d'oiseaux.
Ne me demandez pas où je suis allée pêcher ça, je ne le sais pas moi même... j'ai eu mes premiers oiseaux à 15 ans, grâce à mon grand père. Un jour, en rentrant de l'école, j'ai trouvé dans ma chambre une cage à oiseaux, avec deux petits becs droits à l'intérieur : des diamants mandarins.
Alors bien sûr, à l'époque, je ne savais pas du tout de quoi il s'agissait !
Mais j'étais tellement heureuse de ce cadeau extraordinaire, d'autant que mon grand père n'était pas vraiment du genre à faire des cadeaux, que je suis follement tombée amoureuse de ces petites créatures et je n'ai eu de cesse que de me renseigner pour comprendre ce qu'il leur fallait pour être les plus heureux possibles.
En ce temps là (aïe, ça fait cliché ça !), pas d'internet pour trouver rapidement les informations qu'il me manquait, donc la bonne vieille méthode : les livres, les bouquins, les magazines... pour rapidement se rendre compte que ce monde là était (et est toujours...) un monde fermé, hermétique, si vous ne faites pas partie d'un club d'éleveurs.
Sauf que déjà à ce moment là, pas question de m'enfermer ou de m'emprisonner dans quelque monde que ce soit ! Je me suis donc débrouillée toute seule.
Dix ans plus tard, la vie étant ce qu'elle est, je les ai confié à une dame exubérante et pleine de vie qui avait plusieurs oiseaux et avec lesquels mes pioux seraient bien, car j'emménageais dans mon premier appartement, premier job, premiers pas dans la vie d'adulte, et je savais que je n'aurai plus le temps de m'occuper d'eux convenablement...
Mais voilà, quand on est atteint de ce virus là, y'a pas de guérison possible !
Autres dix ans plus tard, à la naissance de mon fils, j'ai craqué dans une jardinerie sur un couple de perruches ondulées cette fois ci, et là, vu que j'avais enfin la maison de mes rêves et une place folle pour faire tout ce que je voulais, ce fut le début d'une grande, que dis-je ? d'une immense aventure au bout de laquelle je me retrouvais bientôt à la tête d'un élevage de près de 150 oiseaux, avec près de 40 espèces différentes...
Pas toujours facile.
D'autant que, dans notre région, les éleveurs ne sont pas nombreux, que je refusais toujours d'adhérer à un club, que même pour trouver des graines en grande quantité, c'était la croix et la bannière, bref, une passion coûteuse et énergivore.
Et quand la vie s'emmêle, là aussi tout se complique... un jour, il a fallu que je quitte ma maison, et là où j'allais m'installer, pas moyen de pouvoir emmener tous mes plumeaux : mes nouveaux voisins m'auraient vite fait un procès ou se seraient cotiser pour payer un tueur à gages vu le boucan que faisait tout ce petit monde.
C'est la mort dans l'âme qu'il a fallu que je me sépare d'eux. Pour limiter la casse, j'ai refusé de les vendre : oui, je sais, vous allez dire que c'est stupide. Sauf que pas pour moi. L'argent, je m'en fous. A un point que vous n'avez même pas idée. Je refuserais toujours de perdre ma liberté surtout pour de l'argent.
Demandez à mon Chum, il vous dira à quel point je suis redoutable quand je campe sur mes positions !
J'ai donc décidé que je ne les vendrais pas. Mais que je les confierai à des gens responsables et aimants. Pourquoi ? Parce que cette démarche m'a permis d'écarter tous les revendeurs de tapis, les personnes qui n' y connaissaient rien, les profiteurs en tout genre. J'ai fait passer de véritables entretiens, des castings, des interrogatoires, et j'ai raccroché au nez de plus d'une personne qui commençait à me casser les pieds en me proposant de l'argent...
J'ai beaucoup pleuré mais je les ai tous donnés... Je n'avais pas le choix, ou du moins, il fallait que j'assume les choix que j'avais décidé de prendre...
Il y avait cependant une poignée de mes oiseaux, ceux que j'avais eu depuis leur naissance principalement, ceux que j'avais élevé moi même à la main, les plus attachants, ceux que je considérais comme mes bébés, que je ne pouvais pas me résoudre à donner.
J'ai trouvé un accord, j'ai pu les laisser dans leur volière, et mon beau père s'en occupait consciencieusement, je ne l'ai jamais assez remercié de ce qu'il a fait pour eux à cette période là de ma vie.
Et la vie a continué. J'allais les voir de temps en temps, mais bon. C'était vraiment plus pareil. Puis, un matin, mon Chum a commencé à bricoler au garage. Rien de bien surprenant me direz vous. Les hommes, ça bricole toujours un truc ou un autre. Je ne me suis rendue compte de rien. Dans mon dos, il avait acheté du bois et du grillage à volière. Et le 24 au matin, la veille de Noël, il m'a emmenée dans le garage en me tenant par la main et en me demandant de fermer les yeux. Et quand je les ai ouverts, il y avait là, au fond du garage, ornée d'un énorme noeud rouge, la plus formidable des volières ! Rien que pour mes plumeaux...
Il m'a regardée en souriant et m'a dit : "avant de te mettre à pleurer, va chercher tes piafs !".
Ce que j'ai fait immédiatement, je peux vous dire que je n'ai pas trainé. Je n'ai pas été très sympa avec mon père sur ce coups là car je n'ai pas eu le temps de le prévenir, mais il était content pour moi et il m'a aidée à les mettre en caisse pour le transport qui, heureusement, ne durerait que quelques minutes, puisqu'il n'y a que deux kilomètres entre nos deux maisons.
Et c'est comme ça que j'ai ramené tout mon petit monde chez moi. Ils n'ont pas mis longtemps à s'habituer, au début nous les avons confinés à l'intérieur, comme c'était l'hiver, c'était facile. Les travaux de la volière extérieure ont commencé dès le mois de janvier et au printemps, les oiseaux pouvaient sortir au soleil aussi souvent qu'ils le désiraient, grâce à un système de trappe entre l'intérieur et l'extérieur. Puis nous avons agrandi la volière extérieure deux ans plus tard, pour qu'ils puissent encore mieux profiter du soleil le matin, car la première volière était un mal exposée.

Voilà. Aujourd'hui, c'est tous les jours que l'histoire se poursuit. Il y a eu des nouveaux arrivants, des décès aussi car ce sont des animaux qui restent fragiles, mais ceux auxquels je suis le plus attachée sont toujours là, et ce sera le cas encore longtemps, car la plupart d'entre eux peuvent vivre jusqu'à 35 ans.
Je vieillirais avec eux, et j'en suis très heureuse, pour rien au monde, je ne me séparerai d'eux, et chacune de mes décisions pour mon avenir tient compte de leurs présences, de leurs besoins. Je les aime et ils me le rendent bien.
D'ailleurs, nous attendons des bébés d'un jour à l'autre ! La famille va encore s'agrandir...
Amicalement,
Isa
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