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LA COLOMBIERE

LA COLOMBIERE

ou l'Art de s'emmêler les pinceaux entre Atelier et Vie de famille

"On est en France, Madame !"

Je fais les marchés de Noël depuis... depuis combien de temps, maintenant ???

Je n'ai pas le chiffre exact en tête, mais si on compte entre 2 et 5 marchés par an, depuis au moins 15 ans, ça commence à en faire un certain nombre.

Et s'il y a un truc auquel je ne m'habituerai jamais, c'est la méchanceté des autres.

J'ai un sale défaut : je n'oublie jamais rien.

Et je vis très très mal toutes ces situations. J'ai beau faire, j'ai beau travaillé là dessus, j'ai beau essayé, je n'arrive jamais à oublier toutes les réflexions bêtes et méchantes que les gens ont pu me faire au cours de ma carrière.

Même si, pour certains, je ne peux pas parler de carrière, puisque je n'exerce pas de vrai métier !

C'est vrai, quoi. Même se faire traiter de saltimbanque n'est plus aussi péjoratif que ça pouvait l'être il y a encore quelques générations !

Par contre, être artiste... alors là ! Je n'ouvrirai pas le débat, on y sera encore au prochain millénaire !

Ce n'est pas, et ça ne sera jamais un METIER.

C'est quoi, d'ailleurs, au juste, un artiste ? Un parasite qui ne sert à rien pour certains. Un profiteur faignant qui a la flemme d'aller bosser pour "de vrai". Un individu bizarre qui ne fait pas vraiment partie de la société et qui ne lui apporte rien.

Voilà ce que j'ai déjà entendu au cours de mes pérégrinations.

Pas étonnant après ça que les artistes en question préfèrent rester entre eux et ne font l'effort d'aller vers les autres que lorsqu'ils ont besoin de gagner leur croûte, comme tout le monde.

Et oui ! Un artiste, ça mange aussi, et ça a besoin de payer son loyer.

Difficile de vivre de l'air du temps et de l'odeur de la peinture !

Je pourrais écrire un livre sur le sujet, à supposer que je sache écrire. D'ailleurs, j'aime bien discuter avec mes collègues pour compiler leurs pires réflexions à eux aussi, car nous avons tous notre lot à raconter.

En bref, on en prend plein la gueule.

Sous prétexte qu'on est là, on essaye forcément de leur vendre de la camelote. Ils ont fait l'effort de venir, nous devrions faire l'effort de ne pas être payé. Notre travail n'en n'est pas, et eux sont tout aussi capables que nous de faire la même chose, en mieux même. D'ailleurs c'est pour s'en convaincre qu'ils viennent nous voir et visitent systématiquement toutes les manifestations sur le sujet : marché de créateurs, marché d'art, marché de Noël, expo vente, ouverture d'atelier...

Rien ne leur échappe !

Ils sont à l'affut, ils guettent, ils observent, et surtout, ils continuent de penser et de croire qu'ils pourront toujours faire mieux. Le jour où ils auront envie. Le jour où ils auront le temps. Le jour où ils auront l'idée.

En attendant, ils critiquent. Sans un bonjour, sans un regard, sans un regret. Ils disent haut et fort tout ce qu'ils pensent, comme si l'artiste là, derrière sa table, n'existait pas, n'entendait pas. N'est ce pas là le message qu'ils veulent lui faire passer, après tout : "tu n'existes pas, tu n'as aucune utilité, tu n'apportes rien à la société".

Avec sous entendu : "moi je bosse vraiment, je me crève la paillasse, j'apporte quelque chose à la communauté, je paye des impôts, et je ne perds pas mon temps avec des bêtises".

Alors, des réflexions désagréables, j'en ai eu plus que mon compte, et non, je ne parviens pas à faire l'impasse, non, je n'arrive pas à les oublier, non, je ne les accepte pas.

Je pense que la plupart des gens sont mal élevés, qu'ils se plaignent de notre société et de notre jeunesse "qui ne respecte plus rien" mais qu'ils ont pourtant élevé, avec les mêmes principes qui les autorisent, eux, à dire tout et n'importe quoi, sous prétexte qu'ils ont RAISON.

Non, toute vérité n'est pas bonne à dire, et d'ailleurs, ça veut dire quoi, vérité ?

J'aimerai bien moi aussi leur dire la vérité de temps à autre !

A savoir, qu'ils sont méchants, pénibles, désagréables, grossiers, humiliants, radins, pas beaux, sans coeur, laids de l'intérieur (et souvent de l'extérieur, tiens !), menteurs et prétentieux, mal élevés, débiles, et j'en passe encore, des noms d'oiseaux que la décence m'interdit d'écrire ici.

Mais je ne le fais pas.

Pas parce que j'ai peur de provoquer un scandale ou de me faire "gronder" par les organisateurs. Non, j'ai passé l'âge de ce genre de peur.

Je ne le fais pas par respect... pour moi.

Pour ne pas descendre à leur niveau d'incompétence. Pour ne pas m'humilier davantage en leur laissant voir à quel point cela me blesse, me fend le coeur, et ne dresse pas pour autant mon ego...

Comme d'habitude, je prendrais des mesures extrêmes pour ne plus être confrontée à tout ça, car il s'agit bien d'une confrontation, dont je sors toujours meurtrie et amère.

La dernière en date ???

"Pourquoi vous écrivez tout en anglais ? Toujours de l'anglais, rien que de l'anglais ! Vous ne savez pas parler français, ou quoi ? On est en France, Madame !".

Je n'ai pas répondu.

A quoi bon ? Lui dire, à cette vieille chouette, que lorsqu'elle mourra, dans pas longtemps, vu son âge, qu'elle s'assure bien qu'on écrive son épitaphe en français, dans le genre : "ci-gît une vieille emmerdeuse qui n'avait rien d'autre à faire que d'enquiquiner les autres, histoire de se prouver qu'elle avait une vie"?

Mais même ce type de pensées ne m'apporte aucun réconfort, juste de l'amertume...

Alors 2019 qui arrive à grands pas va encore voir apparaître des changements de cap à la Colombière, c'est décidé, c'est acté, c'est en préparation.

Et on vous en reparlera bientôt, car malgré tout, on restera là !

Amicalement,

Isa

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