ou l'Art de s'emmêler les pinceaux entre Atelier et Vie de famille
20 Février 2019
Depuis l'avènement d'internet, il n'a jamais été aussi facile d'acheter un tableau d'art.

Puisque l'art s'est démocratisé, le prix devrait être en rapport avec le pouvoir d'achat de chacun et le marché, plutôt que lié à un système de cote (souvent artificiel, j'en reparlerai).
Or ce n'est pas le cas. Surtout depuis la crise économique en France.
Actuellement, il y a deux mondes dans le marché artistique :
S'il était proportionnel au pouvoir d'achat, tout le monde y trouverait son compte, artistes comme acheteurs. Or c'est loin d'être le cas.

Pour comprendre, il faut étudier un peu le marché. En 2005, le prix moyen de vente aux enchères d'une oeuvre d'art contemporaine était de 2800 euros (source : Le Figaro), soit 13 fois moins qu'aux USA. Un bon plan pour les américains férus d'art ! Mais pas pour les français qui, à la même époque, affichaient des salaires moyens parmi les plus bas d'Europe (moyenne 14 000 euros par an contre 25 à 35 000 dans les autres pays européens).
En 2015, la pression fiscale a encore plus augmenté mais pas les salaires. Le Français n'a toujours pas les moyens d'acheter de l'art. Et les artistes continuent de pratiquer des tarifs irréels : un jeune artiste méconnu en province exigera environ 2000 euros pour l'une de ses oeuvres, un artiste plus connu à Paris pourra doubler ses tarifs. Mais l'acheteur, même cadre supérieur, n'a toujours pas les moyens, lui ! En Belgique ou en Allemagne, les tarifs artistiques ne sont pas choquants, et sont même acceptables et surtout acceptés.
Et puis, disons le franchement, il y a aussi toutes ces oeuvres dites d'art à des prix qui font bondir parce qu'on se demande bien pourquoi, vu la qualité, elles sont aussi chers.
Je suis la première à ne pas comprendre.
Je pense que certains artistes sont totalement déconnectés de la réalité économique, et trop connectés à leur égo, si vous voyez ce que je veux dire.

On aura beau faire, il n'y aura qu'un Picasso par génération.
Pour un collectionneur avisé et financièrement à l'aise, acheter une oeuvre d'art, même contemporaine, même d'un artiste méconnu, s'il a le coup de coeur, est une démarche pour l'avenir, le patrimoine culturel.
Pour un acheteur moins passionné, et qui a moins les moyens, il y aura plus la démarche d'investissement, il recherchera un artiste montant, voire connu, en espérant réalisé une plus valu quelques années plus tard, en revendant le tableau.
De ce fait, tous les artistes contemporains tombent dans une spirale infernale :
pas connu, pas rentable, pas intéressant.
Revenons également sur un autre point important : un tableau rare, d'un maître reconnu, suit la même réalité que dans n'importe quel autre secteur économique : ce qui est rare est cher, logique.

Soyons lucides : il n'y a jamais eu autant d'offres d'oeuvres artistiques contemporaines sur le marché à ce jour. Les nouveaux moyens de communication permettent à tous les artistes d'être sur-visibles, toute personne qui désire acheter un tableau a plus que l'embarras du choix. La rareté n'existe plus dans ce secteur. La logique économique voudrait que, en conséquence, les prix de vente baissent, deviennent abordables, ce qui permettrait aux artistes de vendre, de faire tourner leur stock (qui pour l'instant s'accumule dans les ateliers...) et aux acheteurs potentiels de trouver leur bonheur.
C'est complètement absurde, mais il est jugé IMPOSSIBLE dans ce milieu, INTERDIT, TABOU, de baisser ses prix.
Pire, on m'a même dit un jour que ce que je faisais était très bien, mais pas assez CHER pour être crédible ! Et que je faisais du tort à l'ensemble de la confrérie. Que je tentais de faire du "Made in Taïwan", que je cassais le marché, et que je me dévalorisais en plus.
Mes tableaux n'avaient donc aucune valeur parce que pas assez cher...

Si personne ne se remet en question, la situation n'est pas prête d'évoluer à cette allure. Pourtant, artistes et galeries continuent de se plaindre qu'ils ne vendent pas.
Il faut reconnecter les artistes à la réalité, il faut que les prix et les oeuvres s'adaptent au marché réel si on veut le redynamiser et lui donner le mouvement salvateur dont tout le monde a grand besoin.
Et je maintiens mes petits prix, sans m'avilir, sans me sacrifier, sans me prostituer, pour continuer à mettre l'art à la portée de tous, même et surtout s'il s'agit d'un luxe.

Parce que nous le valons bien !
Amicalement,
Isa
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